Le Confident, Hélène Grémillon.

 

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Au milieu des mots de condoléances qu’elle reçoit à la mort de sa mère, Camille découvre une étrange lettre envoyée par un expéditeur inconnu. Elle croit à une erreur mais, les semaines suivantes, une nouvelle lettre arrive, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend que cette correspondance recèle un terrible secret qui la concerne. Machination diabolique sur fond de Seconde Guerre mondiale, ce roman mêle récit historique et suspens psychologique dans un scénario implacable.

Lorsqu’elle reçoit la première lettre de Louis, lui parlant d’un amour d’enfance, Camille pense avoir affaire à une erreur. Elle ne s’occupe plus de ce courrier perdu, mais continue de trier les lettres de condoléances arrivées pour sa mère. Et puis survient une nouvelle lettre, et encore une autre, et ainsi de suite. Captivée, elle suit donc l’histoire de ces personnes, Louis le jeune homme follement amoureux, Annie, l’insaisissable aimée. La jeune femme hésite: s’agit-il d’un manuscrit original envoyé par un de ses auteurs? D’un terrible aveu ? Elle préférerait la première option, pressentant déjà que la seconde risque d’être cruelle, et de la concerner de plein chef.
Désespérée de constater qu’elle n’a aucun homonyme -ce qui aurait entériné l’erreur de destinataire – Camille est forcée d’accepter que ces lettres lui sont bien destinées. Et leur contenu est sans équivoque: doucement, elles tissent le destin implacable de plusieurs vies fracassées. Camille (tout comme le lecteur) ne peut s’empêcher de vouloir savoir, de connaître à tout prix la suite de cette incroyable tragédie et d’en savoir plus, raison pour laquelle elle entame ses propres recherches sur cette histoire.
Il fallait un contexte bouleversé à cette histoire de trahisons, de faux-semblants, un contexte où tous les crimes pouvaient se justifier: avec la guerre, les instincts les plus fous refaisaient surface et la monstruosité devenait naturelle.

« [Il] avait évoqué le délire collectif qui s’était emparé de la France, délire capable, selon lui, sinon d’excuser, du moins de faire comprendre des actes fous et criminels. »

L’histoire narrée par Hélène Grémillon, tellement folle et incroyable, s’inscrit parfaitement dans l’écrin historique choisi. Il fallait bien cette époque pour expliquer le geste fou de Madame M., son plan aussi terrible qu’halluciné, à la hauteur du désespoir abrutissant qu’elle éprouvait. Ce roman choral, narré par trois voix différentes évoque des sujets souvent tabous, des choses dont on sait qu’elles existent mais dont on ne parle pas, comme la stérilité -surtout à l’époque du récit. Orchestrant habilement vérité, mensonges, omissions ou faux aveux, Hélène Grémillon nous plonge dans la tourmente de l’histoire, qui se superpose à celle des deux femmes qui tiennent la fiction. Le récit de Louis, par souci d’honnêteté présente ce qu’il savait de l’histoire, ce qu’Annie lui en a raconté, mais également la confession ultime de madame M. Petit à petit, les pièces du puzzle s’emboîtent et apparaît alors la machination implacable qui rejaillit inopinément sur Camille dans toute son ampleur.
Pour ce roman polyphonique, Hélène Grémillon réussit le tour de force d’octroyer à chaque personnage un style propre; toujours fluide, sa plume happe et captive le lecteur qui, dévoré par la curiosité, ne peut s’empêcher de suivre le portrait de plus en plus noir d’une âme torturée, intelligente et presque machiavélique dans l’accomplissement de son plan. Madame M., dans sa détermination à avoir un enfant malgré sa stérilité et sauver son couple, repousse toujours plus loin les frontières du raisonnable, et ne recule devant aucun méfait pour parvenir à ses fins. Son esprit, profondément affecté par sa stérilité en devient retors, pervers et dépassé par les événements. Contrainte de jongler avec le vrai et le faux, elle finit par se prendre à son propre piège… et n’a d’autre choix qu’en assumer les conséquences.

Le roman est très fort, et évoque à la fois le courage d’une mère, et l’ode d’amour et de haine à la maternité chantée par d’innombrables femmes, toujours ignorées, cachées, rejetées, mais ressuscitées par cet émouvant récit qui retrace des pages sombres de l’histoire, ayant déteint sur une âme tourmentée.

 

Merci à Livraddict et aux éditions Gallimard (Folio) de m’avoir permis de faire cette magnifique découverte!

 

Le Confident, Hélène Grémillon. Folio, 2012 (2010), 310 p.
10/10.

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