Hunger Games #3, La Révolte, Suzanne Collins

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Contre toute attente, Katniss Everdeen a survécu aux Hunger Games à deux reprises. Mais alors qu’elle est sortie de l’arène sanglante vivante, elle n’est toujours pas en sécurité. Le Capitole est en colère. Il veut se venger. Qui pensent-ils devrait payer pour les troubles ? Katniss. Et ce qui est pire, le Président Snow a été parfaitement clair sur le fait que personne d’autre n’est en sécurité non plus. Ni la famille de Katniss, ni ses amis, ni les habitants du District 12.

À la fin du tome précédent, Katniss est sauvée in extremis de l’arène par les rebelles du District 13. Mais pas Peeta. Il est retenu par le Capitole, plongeant Katniss dans l’affliction la plus extrême, car elle n’as pas su le protéger. On touche enfin au fond du problème de cette romance en demi-teinte et parsemée de mensonges ; il était temps!

Au District 13, la vie est militaire, réglée comme sur du papier à musique : l’emploi du temps est strict, la désobéissance mal vue, et le rationnement obligatoire. Katniss, très perturbée par ses deux passages dans l’arène, a quelques excuses et erre comme une âme en peine. La fille du feu semble avoir perdu la flamme qui l’animait et ce ne sont pas les retrouvailles avec Gale, sa mère et Prim, qui suffiront à la ranimer. Son désir de vengeance contre le Capitole est d’autant plus fort qu’elle ignore tout de Peeta, mais c’est un bombardement auquel elle assiste qui va lui faire endosser le rôle qu’on attend d’elle depuis le début : devenir le geai moqueur et incarner enfin la rébellion.

A partir de là, tout s’accélère ; on découvre vraiment le District 13, mené de main de fer par la Présidente Coin, sous son véritable jour : une principauté gouvernée par un pouvoir central autoritaire, ne reculant devant rien pour parvenir à ses fins. Dès l’âge de 14 ans, les jeunes sont envoyés s’entraîner comme à l’armée et sont appelés « Soldats », perdant donc toute identité. A se demander si les personnages n’ont pas quitté une dictature pour une autre… L’expérience de Gale à la chasse est utilisée pour fabriquer des pièges. On découvre également des personnages qui ont évolué : Gale, de beau gosse ténébreux et révolté est devenu un fin stratège de guerre, et n’est pas le dernier pour avancer des idées d’armes plus que douteuses. De jeune homme sympathique, il est devenu un bourreau en puissance, se servant des armes du Capitole pour l’abattre, quelles que soient leur portée ou leur cruauté. Il est passé de l’autre côté, ce qui n’est pas pour plaire à Katniss – et au lecteur non plus, d’ailleurs.
On se prend alors à espérer le retour de Peeta, que Katniss continue à défendre becs et ongles après l’avoir vu décharné et les yeux fous sur la chaîne de télévision du Capitole ; elle obtient pour lui et les autres tributs capturés l’immunité diplomatique. Le grand jour arrive enfin, Peeta est de retour… mais tellement torturé et conditionné par le Capitole qu’il ne souhaite qu’une chose: tuer Katniss, rapidement et douloureusement de préférence.

A partir de là, Suzanne Collins déploie son talent pour dépeindre la douleur psychologique que ressent Katniss. C’est une jeune fille dévastée, perdue dans un monde où les adultes ne pensent qu’à l’utiliser à leurs fins, avec ou sans son consentement. Ce pour quoi elle se battait, la liberté, lui est refusée. Soumise aux règles strictes de son nouveau district, elle dépérit peu à peu. Quand se présente enfin la mission qu’elle attend depuis toujours – mettre fin aux jours du président Snow, puisqu’elle pense que c’est la seule solution envisageable – elle n’hésite pas et se porte volontaire. A ses côtés, Gale, Finnick, et Peeta – qui semble revenir doucement à la normale. Mais la mission ne se déroule pas comme prévu et Katniss découvre l’ampleur de la cruauté des rebelles dont elle fait partie. On pensait avoir survolé l’éventail des sentiments douloureux qui secouent la jeune fille mais tout ça n’était qu’un début. A la douleur physique s’ajoute l’anéantissement, qui amène Katniss au bord de la folie. Le récit est poignant et touche à des thèmes d’actualité brûlants. Nous ne sommes plus dans une fiction, mais avons débarqué dans la réalité : ce que Suzanne Collins évoque se déroule dans le monde, le vrai. La torture, les pièges de guerre retors et sadiques, la guerre des ondes, la manipulation des médias et les moyens utilisés tant par les rebelles que par le Capitole sont des choses réelles. Au final, on se rend compte que les deux camps ont leurs torts et Suzanne Collins ne tranche jamais en faveur de l’un ou de l’autre. Si les rebelles ont semblé être une cause sympathique dans le tome 2, il est clair dans le tome 3 qu’ils ont basculé du mauvais côté, faisant du District 13 un nouveau Capitole, de la Présidente Coin un nouveau Snow pervers. Après tout, ne propose-t-elle pas une nouvelle édition des Hunger Games, réservés aux enfants du Capitole, simplement pour se venger? Alors que la 76e édition a déjà eu lieu, sous la forme de la progression du groupe de Katniss dans l’enfer urbain de la capitale.
Le personnage emblématique de ce revirement de la situation est sans aucun doute Gale, l’ami, le confident et celui que l’on percevait comme une sorte d’âme sœur de Katniss. Ses pièges, remaniés pour la guerre fonctionnent à merveille et Katniss ne peut pas passer outre. La césure est irrémédiable et la jeune fille se replie sur elle-même, abandonnée de tous et souhaitant tout abandonner à son tour.

Si ce troisième tome était pressenti comme radicalement différent des deux précédents, on perçoit encore la puissance évocatrice des Hunger Games, qui chapeautent l’ensemble de l’ouvrage. L’action est bien dosée, mais c’est surtout au niveau psychologique et du point de vue des personnages que se déroule l’intrigue. On suit les circonvolutions de l’esprit malade de douleur de Katniss, que rendent très bien la narration à la première personne, et l’écriture de l’auteur qui déploie ici tout son talent. On souffre avec Katniss, on est tour à tour abasourdi, dégoûté, abattu, révolté. Le roman laisse une amertume tenace une fois tournée la dernière page, une sensation de tristesse infinie, que bien peu de choses peuvent pallier : on se retrouve totalement en accord avec les sentiments de ces personnages détruits, dont on sent que la reconstruction sera aussi lente que difficile.
Avec ce dernier tome, Suzanne Collins quitte doucement le monde de la fiction et de l’anticipation pour évoquer des sujets graves et profonds, par l’intermédiaire d’une jeune fille brisée, perdue dans un monde d’adultes manipulateurs, et dont les cauchemars sont devenus réalité.

 

◊ Dans la même série : Hunger Games (1) ; L’Embrasement (2).

 

Hunger Games #3, La Révolte, Suzanne Collins. Pocket Jeunesse, 418 pages, 2011.
9/10.
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