Starters, Lissa Price

 

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Dans un futur proche, la Terre a été ravagée par un virus mortel, éradiquant toute personne située entre l’adolescence et l’âge de la retraite: seuls subsistent donc les populations très jeunes ou très âgées, respectivement appelées Starters et Enders.
Réduite à la misère car orpheline, la jeune Callie tente de survivre dans la rue avec son petit frère malade. Dans l’impossibilité de travailler légalement (des lois sont passées pour interdire le travail des mineurs afin de préserver celui des Enders, rappelés après l’épidémie), elle est confrontée à un choix difficile. Ou bien elle assiste à la lente agonie de son frère, ou bien elle se fait embaucher par une mystérieuse entreprise ouverte d’esprit sur les lois, Prime Destination.
Là, après lui avoir implanté une puce, elle met son corps à disposition d’une richissime centenaire qui souhaite revivre sa jeunesse pour une semaine, un mois, voire plus si affinités! Pressée par le temps et la maladie, Callie n’a d’autre choix que de s’y plier…

Dans ce futur post-apocalyptique, les personnes d’âge moyen ont disparu ; seuls survivent les jeunes (jusqu’à l’adolescence) et les très vieux (jusqu’à plus soif, vu que l’espérance de vie a considérablement augmenté). Pour ces derniers, la chirurgie esthétique ne remplace pas tout… et surtout pas la glorieuse vitalité d’un jeune corps encore vigoureux. Alors après tout, puisque les Enders sont riches à millions, pourquoi ne pas les satisfaire? Voilà l’idée géniale d’un homme d’affaires peu scrupuleux. Visant les innombrables orphelins qui squattent des immeubles désaffectés, il les appâte avec une somme mirifique, obtenue après trois locations de leurs précieux corps – que les locataires sont tout de même sommés de respecter un minimum.
La nécessité attire Callie dans les filets de l’entreprise ; transformée en lolita géolocalisable 24 heures sur 24, elle loue son corps à différentes locataires… jusqu’au bug informatique : la location dégénère, Callie reprend conscience avant la fin (alors que sa locataire est censée être présente) et découvre inopinément que cette dernière comptait utiliser son corps pour commettre des vilenies (sans salir ses riches mains).
Callie prend alors brutalement conscience qu’elle est devenue une marchandise banale, négligeable et que son avis importe peu. Au-delà de cet aspect crucial, Lissa Price évoque d’autres thématiques tout aussi fondamentales. Parmi celles-ci, l’angoissante question qui taraude la jeune fille durant le premier chapitre : jusqu’où peut-on aller pour survivre et sauver quelqu’un que l’on aime?

En dehors de ses préoccupations de jeune adulte ayant trop rapidement mûri, Callie reste une adolescente : la rencontre avec Blake, les hésitations par rapport à Michael le rappellent bien. Par le monde luxueux et brillant qu’elle découvre, la jeune fille mesure l’étendue des inégalités sociales et des injustices qui règnent sur son pays. Les orphelins, dépourvus de famille, sont corvéables à merci, tandis que les petits-fils à papa se contentent d’hériter sagement; révoltée mais pragmatique, la jeune fille préfère se battre avec les moyens du bord pour sauver les siens, avant de songer à épouser une cause supérieure ; voilà un réalisme rafraîchissant, et pas si courant en littérature. On découvre alors un personnage généreux, charismatique et très attachant, qui porte incontestablement le récit. Malgré quelques petites longueurs, la narration est vivante et bien rythmée et permet d’emmener le lecteur de rebondissements en découvertes.

Difficile de ne pas s’attacher à ce portrait féroce, mais ô combien juste, d’une société essentiellement portée vers les apparences, la jeunesse et la richesse. L’idée est, bien sûr, effrayante, surtout par les implications dans notre société qu’elle dévoile, mais c’est ce qui en fait une dystopie efficace et très certainement le succès jeunesse du mois. 

 

« Je suis une imposteure. Blake est riche, je fais semblant de l’être dans mes vêtements signés de célèbres couturiers, d’habiter, soi disant, une somptueuse demeure, avec une domestique. Je dois lui dire la vérité, je le sais; ce que j’ignore, par contre, c’est la façon dont il la prendra. […] Je le scrute du coin de l’œil. Heureusement pour lui, il ne se doute de rien, mais conduit avec insouciance. Il surprend mon regard et me sourit avant de reporter son attention sur la route. Le dos calé contre le dossier, je m’enivre de l’odeur de cuir neuf.
Cendrillon a-t-elle craché le morceau au prince, en plein bal, pendant qu’elle virevoltait dans sa magnifique robe? A-t-elle, ne serait-ce qu’envisagé de lui dire: au fait, Prince, le carrosse n’est pas à moi, je ne suis qu’une sale petite boniche en sursis? Non. Elle a profité de sa soirée.
Puis elle s’est éclipsée, passé les douze coups de minuit. »

 

◊ Dans la même série : Enders (2).

Starters, Lissa Price. Robert Laffont (R), 2012, 401 pages.
6/10

 

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Uglies, de Scott Westerfeld.

4 commentaires sur “Starters, Lissa Price

  1. Oh une nouvelle dystopie ! Et celle là a l’air vraiment pas mal vu ton avis ! Je le veuuuux !! ;p

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  2. stellade dit :

    Un roman qui m’a plu à ma grande surprise… Enders, c’est aussi à découvrir!

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    • Sia dit :

      Enders m’a ennuyée à tel point que je me suis forcée à le finir. Dommage, parce que Starters présentait un univers intéressant, mais l’histoire n’est vraiment pas aboutie.

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